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Ethique et valeur morale

Au-delà du projet associatif qui fonde l’action, la mission et le registre institutionnel que l’association demande de mettre en œuvre, d’autres éléments sont à l’œuvre.

Ils tiennent d’une part à l’ensemble des valeurs que chacun a reçu, reçoit et se forge et qui représente en quelque sorte la place de la société pour soi, et d’autre part à une approche personnelle, qui est en quelque sorte sa libre conscience et qui va définir sa place non seulement par rapport à la société mais par rapport à l’autre.

On appellera cette dernière proposition l’éthique et la précédente les valeurs morales. Voyons ce qu’au-delà de ces définitions sommaires nous considérons et analysons comme éthique et valeurs morales.

Ethique

Elle trouve son origine étymologique dans le mot grec Ethos ; mais celui-ci à deux sens, l’un signifie l’habitude dans le sens des traditions, de la manière de vivre, l’autre indique une marque distinctive, un caractère particulier de l’homme. En ce dernier sens, on voit que c’est ce qui distingue, qui donne à l’homme (à chaque homme) un caractère particulier. Pour A. Comte SPONVILLE « l’éthique est un art de vivre », Paul RICOEUR, lui, défend « l’idée qu’avant la morale des normes, il y a eu l’éthique du souhait de vivre bien ». Aristote, quant à lui disait que « l’éthique était la vie examinée ». Ainsi donc on le voit, il y a dans l’idée de l’éthique, un souhait d’aller vers le bonheur, la sagesse, et c’est ce bien être existentiel que Paul RICOEUR reprend, inspiré par ARISTOTE, lorsqu’il dit : « l’éthique est la visée de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes ». Il détermine alors trois moments forts de la visée éthique :

L’estime de soi dynamise l’inspiration à la vie bonne, l’amitié, la sollicitude, stimule les rapports inter personnels. L’éthique ne se présente donc pas comme du « prêt à penser » et elle peut être considérée comme une sagesse de la pratique qui peut s’adapter à chaque situation car elle n’est pas normative. Elle requiert une reconnaissance des réalités et ne s’inscrit pas dans l’ordre du jugement.

Les valeurs morales

Où l’éthique est intérieure à l’homme, la Morale elle, vient s’imposer de l’extérieur. La Morale vise à faire tendre l’homme à la vertu et pose donc des limites philosophiques et sociales. Dans le cadre professionnel, on peut appeler ces valeurs morales : la déontologie. La Morale est définie dans le dictionnaire encyclopédique de l’éducation comme : « une disposition à subordonner ses conduites à un ensemble de règles, de principes, ou de valeurs susceptibles d’être considérées comme s’imposant catégoriquement. Cela suppose deux sortes de compétences - une capacité de discernement - savoir distinguer le bien du mal et une capacité d’auto contrôle - effort, courage et discipline.

Au-delà de cette définition formelle, l’article du dictionnaire sur la morale ajoute qu’il faut que cela s’intègre dans une validité morale qui se trouve dans l’attitude d’un souci désintéressé pour autrui et dans la mise en œuvre d’une exigence de justice. Le terme de Valeur désigne quant à lui : soit l’estime que l’on a pour quelqu’un (il a de la valeur), soit l’estimation que l’on fait à un objet (il coûte tant). Mais la valeur peut aussi signifier ce dont elle est porteuse, comme un canon de beauté, ou un critère d’appréciation qui donnerait une valeur particulière, à la fois sur le plan matériel, mais aussi sur un plan émotionnel. De ce point de vue, la valeur s’impose à nous comme une évidence car on ne peut « être » qui si l’on « vaut » quelque chose, et une chose ne vaudra vraiment que si l’on peut se dire que pour elle on pourrait en sacrifier une autre.

Ainsi donc, les valeurs morales peuvent donc apparaître comme le fait de donner de la valeur, voire une valeur exceptionnelle ou exemplaire à des règles, des principes qui s’imposent à nous dans le cadre d’une attitude envers autrui, qui serait désintéressée et selon une exigence de justice.

Ethique professionelle

Comme on a vu que la déontologie était le versant professionnel des valeurs morales et que ces dernières représentaient les règles et les principes auxquels on donnait une valeur exemplaire ; et que ces éléments dans leur ensemble représentaient un corpus social, on voit également, en quoi le professionnel dans son acception déontologique peut être assez éloigné de l’éthique, qui est elle plutôt d’un ordre personnel.

Il y a donc, à priori, un écart, voire une impossibilité à faire rencontrer les deux termes. Toutefois, la déontologie n’est pas tout le professionnel. Alors que la déontologie se positionne dans le cadre et la norme, le professionnel lui, est une remise en cause permanente, même si la démarche n’est pas qu’individuelle. La réflexion sur les pratiques, l’interrogation de l’action placent le professionnel sur la base de normes et de valeurs, mais fait aussi appel à l’éthique par cette interrogation constante sur ses pratiques. Ainsi, on peut définir l’éthique professionnelle comme d’une part un questionnement permanent permettant un éclairage de la pratique, et d’autre part une construction pragmatique. Elle est donc pluri-disciplinaire et elle recherche constamment la finalité et le sens de l’intervention.

Reporter l’ensemble de ces réflexions au travail social pose donc que chaque intervenant existe par rapport à un autre, que cette reconnaissance le fait « être » en deux dimensions (au moins), l’une dans le cadre de sa liberté personnelle et de son libre arbitre et l’autre en fonction des normes sociales posées et intégrées comme valeurs. A cet endroit reposent et l’existence de l’individu et sa responsabilité.